

Auteur: Pierre-Yves Carlier
Tags(s): agressions professionnels de santé Guyane - Hélène Tarcy-Cétout - sécurité des soignants - violences en milieu de soins - professionnels de santé Guyane - ARS Guyane - CHU Guyane - protection des soignants - santé publique Guyane - justice Guyane.

Fin mai et début juin, deux procès sont venus rappeler que les professionnels de santé de Guyane étaient régulièrement victimes d’agression. La plus grave d’entre elle est survenue le 8 avril 2024. Ce matin-là, Hélène Tarcy-Cétout, pharmacienne de 34 ans, était tuée devant son officine, à Saint-Laurent-du-Maroni.
Le 29 mai, l’auteur des coups de couteau a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. A la barre, l’accusé a résumé les faits : « J’ai vu qu’elle avait un sac. Je voulais lui retirer. Elle ne me l’a pas laissé. Je l’ai poignardée. » Le dernier coup, porté à la carotide alors que la victime est déjà à terre, lui sera fatale.
Au cours de l’audience, de nombreux témoins ont rappelé le parcours de la Saint-Laurentaise, mariée, mère de quatre enfants, revenue dans sa ville natale après ses études, sapeur-pompier volontaire, active dans le milieu associatif, investie auprès des personnes en situation de handicap et auprès des femmes victimes de violences conjugales, reçue à Matignon un mois avant son décès dans le cadre du concours « 101 femmes entrepreneures ».
Quelques jours après, une femme a été condamnée à huit mois de prison avec sursis. En décembre 2025, elle avait agressé et menacé de mort une jeune médecin remplaçante, à Macouria. La patiente n’était pas d’accord avec le sirop que lui avait prescrit la médecin.
Ces dernières années, les agressions contre les professionnels de santé et les professionnels travaillant dans des lieux de soins ont connu une forte hausse. Leur nombre exact est d’ailleurs impossible à donner, de nombreux professionnels renonçant à signaler les faits, par fatalisme ou par crainte des représailles. Lors d’une rencontre organisée l’an dernier, les médecins de Guyane avaient cité de nombreux exemples récents :
Un médecin de Saint-Laurent menacé par téléphone par un employeur contestant l’arrêt de travail de son salarié ;
La collaboratrice d’un médecin de ville injuriée, menacée et harcelée à cause d’un rendez-vous jugé trop lointain ;
L’accompagnant d’un patient qui injurie, menace et lance des propos racistes à un médecin de l’hôpital de Cayenne ;
Des menaces par arme à feu sur une gériatre de la clinique Saint-Adrien ;
Ou encore un patient qui occasionne la fracture d’un doigt d’un médecin à Matoury, estimant sa prise en charge trop lente.
Les professionnels de santé ont manifesté à plusieurs reprises, pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes. La loi a été durcie en 2025. Le coupable risque jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Des dispositifs sont également mis en place pour accompagner les professionnels victimes. En mai, leurs représentants ont signé une convention avec le préfet de Guyane, le directeur général de l’Agence régionale de santé et celui du CHU de Guyane. Elle pérennise les boutons d’alerte géolocalisés, les formations avec les forces de l’ordre ou, prochainement, le recrutement d’une personne chargée de les accompagner en cas d’agression.